Sur Telegram, X et YouTube, des programmes de rendement en crypto refont surface en s’appuyant sur une mécanique simple : une communauté qui alimente une cagnotte, des promesses de rendement élevé et une narration d’« entraide » où les participants se rémunèrent entre eux. Le schéma rappelle explicitement MMM, le montage popularisé dans les années 1990 par Sergueï Mavrodi et relancé ensuite dans plusieurs pays sous des variantes locales, au point d’être régulièrement cité comme archétype des systèmes pyramidaux. La nouveauté, en 2026, tient moins à l’idée qu’à l’emballage : stablecoins, portefeuilles non custodial, contrats intelligents et vocabulaire de la blockchain donnent une apparence de modernité à des modèles financiers dont la viabilité dépend surtout des flux entrants.
Cette résurgence intervient dans un contexte où l’appétit pour le rendement reste fort, après plusieurs cycles de marché et malgré des scandales passés. Entre staking, lending et « vaults » automatisés, une partie du public a pris l’habitude de chercher des revenus récurrents sur des crypto-monnaies. C’est précisément cette familiarité qui permet à certains opérateurs de brouiller les frontières : ils mêlent des mécanismes légitimes (dépôts, verrous, récompenses) avec des promesses déconnectées des revenus réels, souvent adossées à des parrainages très incitatifs. Dans les discussions de groupe, la question revient : d’où vient exactement l’argent distribué, si ce n’est des nouveaux entrants ?
Des programmes de rendement crypto qui reprennent les codes de MMM
Les formats observés suivent une dramaturgie rodée : un « capitaine » ou un « leader » anime un canal, publie des preuves de paiements et insiste sur l’idée d’un investissement communautaire « sans banque » et « sans intermédiaire ». Les dépôts se font en stablecoins ou en jetons liquides, puis l’utilisateur reçoit un tableau de promesses : tant par jour, tant par semaine, avec un bonus si l’on recrute. La référence à MMM n’est pas toujours frontale, mais l’architecture est reconnaissable quand la rémunération dépend surtout de l’élargissement de la base de participants.
Un élément revient dans de nombreux récits : la mise en scène de la transparence. Certains groupes affichent une adresse on-chain, voire un « smart contract », pour accréditer l’idée qu’il ne peut pas y avoir de détournement. Or la visibilité sur la chaîne ne prouve pas l’existence d’un modèle économique : elle montre des entrées et des sorties, pas la source d’un rendement durable. Quand les paiements s’essoufflent, la communication se déplace souvent vers des explications techniques (congestion réseau, migration, « upgrade »), avant de basculer vers un nouveau jeton ou une nouvelle caisse.

Pourquoi la blockchain ne suffit pas à rendre ces modèles financiers soutenables
Dans la DeFi, il existe des rendements qui reposent sur des revenus identifiables : frais d’échange sur des plateformes, intérêts d’emprunteurs, ou rémunération liée à la sécurisation d’un réseau via le staking. Mais quand un programme annonce des gains élevés et constants, la question centrale reste la même que dans la finance classique : quel est l’actif productif sous-jacent ? Dans l’or tokenisé, par exemple, plusieurs analyses de marché ont montré que les rendements réels peuvent rester faibles, parfois autour de 1 %, alors que la finance traditionnelle propose couramment davantage sur des montages comparables — signe que l’innovation technologique ne crée pas mécaniquement de la performance.
Les opérateurs de schémas inspirés de MMM exploitent souvent une confusion : ils utilisent des mots comme « staking » ou « arbitrage » pour décrire une simple redistribution interne. La nuance est décisive. Un protocole qui rémunère via l’émission de jetons peut afficher un taux attractif au départ, mais dilue la valeur si aucun revenu externe ne compense cette création monétaire. Le résultat est connu : quand l’émission ralentit ou que la demande baisse, la promesse se dégonfle, et la liquidité devient le vrai juge de paix.
Face à ces pratiques, des acteurs de l’écosystème insistent sur la nécessité de lire la documentation, d’identifier l’équipe et de comprendre les flux économiques. À ce titre, le parcours et l’expertise des professionnels qui conseillent entreprises et projets sur l’économie digitale sont souvent mis en avant, par exemple via des pages publiques comme la présentation de l’équipe Opsio Nudgers, qui illustre la manière dont des profils spécialisés abordent la stratégie, la donnée et la crédibilité des initiatives en ligne. Dans cet univers, la pédagogie vaut parfois autant que la technique.
Entre quête de rendement et régulation, la communauté devient le terrain de bataille
Le succès de ces montages tient aussi à la sociologie des groupes. Les animateurs s’appuient sur des codes d’entraide, de « famille » et de solidarité financière, avec des témoignages vidéo et des rituels de preuve (captures, virements, classements). Cette dynamique de communauté crée une pression sociale : sortir du programme, c’est parfois être accusé de « trahir » le collectif. On retrouve là un ressort classique des systèmes pyramidaux, amplifié par des plateformes où la viralité et le direct accélèrent la conversion.
Dans le même temps, le cadre européen continue de se structurer autour des prestataires et des offres sur crypto-actifs, et les autorités rappellent régulièrement que des promesses de rendements garantis doivent alerter, surtout quand elles s’accompagnent de parrainage. Dans les échanges en ligne, certains participants disent avoir confondu produits de rendement encadrés (staking sur des réseaux connus, prêts sur plateformes identifiées) et programmes opaques reposant sur une simple collecte. C’est souvent au moment de retirer — blocages, délais, « frais » additionnels — que la différence devient tangible.
Reste un point commun à presque toutes les affaires : la vitesse. Plus le discours promet un enrichissement rapide, plus la fenêtre d’entrée et de sortie se referme brutalement lorsque les flux ralentissent. Dans l’économie des crypto-monnaies, la technologie peut faciliter l’envoi d’argent en quelques secondes ; elle ne change pas la réalité d’un modèle qui dépend d’une croissance infinie. C’est précisément là que l’ombre de MMM réapparaît, sous des formes réinventées mais avec la même fragilité structurelle.
Pour suivre l’évolution du sujet et replacer ces récits dans le temps long, plusieurs enquêtes et rappels historiques sur MMM et les montages assimilés sont régulièrement cités dans des contenus de vulgarisation et des recherches académiques, tandis que les discussions sur les rendements « réalistes » dans la DeFi se poursuivent sur YouTube et les réseaux sociaux. La question qui s’impose, à mesure que ces programmes réémergent, n’est pas tant celle de la promesse affichée que celle de sa source : qui finance réellement le rendement ?
Ces dernières semaines, plusieurs créateurs et analystes ont aussi comparé la rhétorique de l’« aide mutuelle » aux mécanismes de parrainage observés dans certaines opérations crypto, en disséquant les flux et les incitations. Le contraste est particulièrement net quand on met ces promesses en regard des rendements généralement annoncés pour le staking sur des réseaux établis, souvent présentés comme variables et dépendants des conditions de marché.





